Pourquoi s'alphabétiser dans sa langue maternelle?

L’apprentissage de la langue maternelle prend racine à l’enfance. Lajoie et Masny rapportent que « les habiletés de littératie se développent à partir des compétences linguistiques. Ces compétences sont enracinées dans le contexte social et culturel, politique et économique où évolue chaque enfant. ».1

 

Berthelier, cité dans Gress-Azzam (1990), rapporte que la langue maternelle fait partie de la constitution de la personnalité. Les valeurs, les visions qu’un individu possède sont ancrées dans sa langue maternelle. « La langue maternelle constitue un médiateur affectif et culturel... elle véhicule tout le subjectif, tout l’inconscient... le développement du langage... dépendra du processus de socialisation. ».2

 

La vision du monde, les manières de penser et d’être sont incorporées, intériorisées entre la langue et la vie.3

 

Selon Wagner (1991), l’alphabétisation des adultes doit être faite uniquement dans la langue maternelle de l’apprenant car le faire dans une autre langue est anti-pédagogique. L’apprenant a besoin « de relation sociale, de retrouver l’utilité et le dynamisme de sa langue à travers le contact et la chaleur des liens communaux. »³ Les programmes devraient être offerts dans un environnement qui valorise la culture. « L’alphabétisation dans sa langue maternelle vise autant le développement personnel... que la survie même de la collectivité.»4

 

Une alphabétisation réussie dépend:

 

-de l'usage que l'apprenant peut faire de sa langue dans la vie courante;

 

-de l'enseignement adéquat de sa langue et de la transmission efficace de sa culture. (Wagner, 1991)

 

« La langue et la personnalité ne font qu’un. La langue est une des composantes les plus importantes de l’identité. »5

 

 

 

 

1. LAJOIE, Mario et Diana MASNY, « Le développement langagier et la littérature dans l’éducation préscolaire en milieu minoritaire », Éducation et Francophonie, vol. 22, nº 3, déc. 1994, 36-41.

2. GRESS-AZZAM, Simone, « Les jeunes allophones, leur langue maternelle et le français », Dimensions, 12, nº 1, nov. 1990.

3. BERNARD, Roger, Le Canada français : entre mythe et utopie, Le Nordir, 1998, p. 162.

4. WAGNER, Serge et Pierre GRENIER, Analphabétisme de minorité et alphabétisation d’affirmation nationale, à propos de l’Ontario français, Toronto, Ministère de l’Éducation, 1991, 506 pages.

5. BERGERON, Stéfan, « Apprendre à lire dans sa langue », Le Bulletin de la FCAF, vol. 7, Nº 2, automne 2001, 14-15